Tiphaine Turluche, fleuriste des bottes d'Anémone, à l'Assemblée nationale

Les bottes d'Anémone auditionnées à l'Assemblée nationale : la fleur française a une voix

Cette semaine, j'ai eu l'honneur de représenter Les bottes d'Anémone — et plus largement le Collectif de la Fleur Française, dont je suis administratrice — devant la commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale. Aux côtés d'Hélène Taquet, fondatrice du Collectif, et d'Emma Dulimbert, notre déléguée générale, nous avons été auditionnées dans le cadre de l'examen d'une proposition de résolution européenne portée par 87 député·es de cinq groupes politiques — Insoumis, Écologistes, Communistes, Socialistes et Horizons.

Ce texte n'est pas né dans un bureau. Il a été construit avec la famille Marivain, après le décès d'Emmy, 11 ans, dont la maladie a été reconnue comme la conséquence de l'exposition professionnelle de sa mère aux pesticides contenus dans les fleurs qu'elle manipulait chaque jour. Il demande trois choses au gouvernement : des limites maximales de résidus de pesticides sur les fleurs coupées, l'interdiction d'importer des fleurs traitées avec des produits interdits en Europe, et un renforcement des contrôles sanitaires et douaniers.

Pourquoi nous étions à la table

Si la commission a souhaité nous entendre, ce n'est pas seulement pour parler du problème — c'est pour parler de la solution qui existe déjà. Le Collectif de la Fleur Française, c'est bientôt dix ans d'existence, 670 membres, et une conviction simple : si les consommateurs trouvent où acheter français, ils le demandent à leur fleuriste, qui le demande à son grossiste, qui cherche des producteurs. Une étude Kantar menée pour VALHOR en 2025 le confirme : 70 % des clients demandent aujourd'hui de la fleur française chez leur fleuriste. Le mouvement est engagé.

Mais les chiffres rappellent aussi l'ampleur du chemin restant : nous étions 8 000 producteurs de fleurs coupées en France il y a cinquante ans. Nous sommes officiellement 481 aujourd'hui selon FranceAgriMer — sans doute plus proche de 700 dans les faits. Avec 700 producteurs, on ne remplace pas 85 % d'importations du jour au lendemain.

Ce que nous avons porté devant les député·es

J'y ai défendu une conviction que je porte tous les jours dans mon atelier à Vannes : l'étiquetage de l'origine est le préalable à tout le reste. On peut légiférer aussi strictement qu'on veut sur les résidus de pesticides, si l'on n'indique pas d'où vient une fleur — comme on le fait déjà pour un fruit ou un légume — rien ne change au comptoir. Un lys hollandais et un lys français sont visuellement indiscernables l'un de l'autre, y compris pour un œil averti. Sans l'information, même le client le plus sensibilisé achète à l'aveugle.

J'ai aussi partagé une réalité moins visible : le vrai frein, une fois qu'on a fait le choix du 100 % français, c'est la logistique. Chez Les Bottes d'Anémone, travailler uniquement avec des fermes florales bretonnes représente deux demi-journées complètes de route par semaine, simplement pour aller chercher les fleurs — quand un camion néerlandais livre en une rotation, comme une boutique roulante, directement à ma porte. C'est un choix éthique que j'assume, mais qui reste aujourd'hui hors de portée d'un fleuriste qui n'a pas ce temps ou ces moyens. Tant que cette logistique française n'existe pas à l'échelle, les fleuristes qui voudraient changer restent pieds et poings liés.

Sur l'aspect sanitaire enfin : la fleur française, même non labellisée bio — les semences biologiques restent quasi inexistantes pour notre filière — est une culture intrinsèquement plus propre : cycles courts, serres aérées et peu ou pas chauffées, loin des monocultures denses sous abri qu'on trouve au Kenya ou ailleurs. Une réalité que l'étiquetage rendrait, elle aussi, enfin visible.

Et maintenant ?

Une résolution européenne, une fois adoptée en commission, est considérée comme adoptée par l'ensemble de l'Assemblée nationale si elle n'est pas inscrite à l'hémicycle dans les 15 jours. Elle n'est pas contraignante pour le gouvernement — mais elle l'invite formellement à agir, et à porter le sujet devant la Commission européenne. C'est une étape, pas une victoire : nous continuerons de la porter jusqu'au bout.

Chez Les bottes d'Anémone, cette audition n'a rien changé à notre façon de travailler — nous cultivons cette exigence depuis toujours. Mais elle confirme une chose : ce que la nature nous offre aujourd'hui pour raconter une histoire mérite d'être dit clairement, jusque dans l'hémicycle. Le vrai luxe est de laisser la nature décider — encore faut-il pouvoir en être certain, jusqu'à l'étiquette.

 

Article rédigé par Tiphaine Turluche, fondatrice des bottes d'Anémone

 

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