Journal d’une jeune entreprise à impact engagée dans la Convention des Entreprises pour le Climat – Épisode 1

Le pourquoi du comment ?

Si je devais choisir un point de départ à ce cheminement, je dirais que j’ai toujours profondément aimé la nature et surtout mon terrain de jeu : l’océan (en cliquant sur ce portrait rédigé début 2021 vous en saurez plus sur mon cheminement personnel). Je n’ai jamais été militante ou vraiment engagée sur le sujet autrement que par mes propres actions comme nettoyer les plages sur lesquelles j’évoluais par exemple. Avant, pour ma vie professionnelle, je faisais des tours du monde, tous les ans : avec de nombreux vols d’avion, beaucoup de nuitées à l’hôtel, des objets jetables en permanence, et je ne me rendais pas vraiment compte de l’impact global de ce mode de vie car tout était invisible puisque géré par d’autres.

Alors quand j’ai décidé de quitter la course au large pour les fleurs, j’ai évidemment commencé par des recherches.  Je me suis rendue compte qu’elles étaient importées, qu’elles étaient remplies de pesticides, qu’il y avait du plastique partout pour la logistique. Cela m’a totalement démotivée. Et puis, un jour, j’étais dans une salle d’attente d’un médecin, il y avait un magazine people, avec une double page sur le Collectif de la Fleur Française. Au sein du collectif, ils expliquaient qu’ils valorisaient les fleurs produites en France, qu’ils avaient des méthodes de production raisonnée. Cet article m’a permis de me dire, c’est peut-être possible. 

J’ai créé Les bottes d’Anémone en août 2020 avec pour objectif que ce nouveau modèle soit le plus vertueux pour la planète possible. Depuis chaque année, chaque rencontre et chaque saison et chaque nouveau projet (je pense notamment très fort à notre première saison de ferme florale) m’a fait prendre conscience plus fort de ce qui se joue sous nos pieds, du rythme de la nature, des ressources sans lesquelles la vie n’existe pas, et des conséquences qui paraissent si lointaines pour nous humains. À titre personnel ce chemin avec Les bottes d’Anémone m’a forcée à me poser toutes ces questions aussi sur mon mode de vie, et à progressivement m’éduquer, lire, écouter et changer par petits pas des choses au quotidien.

Alors lorsque j’ai décidé d’engager l’entreprise dans le parcours de la Convention des Entreprises pour le Climat, j’étais loin d’imaginer la claque que j’allais prendre en pleine figure et les quelques insomnies qui allaient suivre…

Cet article est un billet sur mes constats tel que je les ai compris, avec les vidéos courtes et efficaces qui m’ont aidée à comprendre. Il en existe bien d’autres évidemment et je serai heureuse de les découvrir au fil de vos retours.

1 ) Si je devais commencer par un chiffre absolument implacable et global.

Au cours des 5000 dernières années, la température sur la surface globale de la terre a augmenté de 5 degrés Celsius (on parlera en Celsius tout au long de l’article). C’est donc 1 degré tous les 1000 ans. Et donc 0,1 degré tous les 100 ans. Largement gérable pour toutes les espèces de s’adapter à ce rythme là progressivement pour survivre.

Entre 1850 (première révolution industrielle) et 1990, la température sur la surface globale de la terre a augmenté de 0,5 degrés. Donc sur 150 ans, soit 0,1 degré tous les 25 ans.

Entre 1990 et 2010 la température sur la surface globale de la terre a augmenté a de nouveau augmenté de 0,6 degrés. Cette fois sur 20 ans, soit 0,1 degré tous les 3 ans.

En 170 ans, depuis la création des machines industrielles finalement et les « progrès » qui nous ont été permis grace à elles nous avons donc multiplié la vitesse du réchauffement climatique à un rythme qui ne cesse d’accélérer.

Pour alimenter les curieuses et les curieux, le chiffre donné est une moyenne sur la planète mais toutes les régions ne sont pas touchées de façon égale. Les océans se sont eux réchauffés de 0,9 degrés, et les continents de 1,5 degrés. Le pôle Nord aurait déjà atteint + 10 degrés, la France + 5 degrés, alors que dans d’autres régions la température baisse.

2 ) Le problème ? La nature au sens large n’arrive pas à évoluer assez vite pour s’adapter à un réchauffement si rapide.

Vous êtes peut être familier ou familière avec le graphique des limites planétaires ? Moi j’estime ne pas l’être assez pour vous en parler en détail, et je fais l’engagement ici de me pencher sur le sujet.

En revanche, pour illustrer, je choisis de vous parler du GIEC et des chiffres qu’ils ont partagé avec nous dans le dernier rapport. Le GIEC c’est quoi exactement ? Créé en 1988, mon année de naissance, le GIEC ce sont – accrochez vous bien – 234 scientifiques qui ont analysé plus de 14000 publications pour établir un rapport qui en réalité a été produit tous les 6-7 ans depuis 1988. Ce travail de rapport a ensuite été relu et corrigé par des milliers de scientifiques issus des 195 pays membres, avec pour objectif : « d’évaluer, sans parti pris et de manière méthodique et objective, l’information scientifique, technique et socio-économique disponible en rapport avec la question du changement du climat. »

En résumé, depuis 34 ans, les scientifiques du monde entier parlent à l’unisson en mettant de côté les guerres de territoire et les urgences propres à chacun de leurs pays pour nous envoyer un message global et unifié. Je ne sais pas si vous avez vu le film « Don’t Look Up » d’Adam McKay sorti en 2021 ? Moi quand j’ai compris ce weekend que, comme la majorité des citoyens, j’entendais le GIEC mais je n’écoutais pas, j’ai senti que je basculais de leur côté de la barrière et qu’il fallait absolument les soutenir dans la diffusion de ce message clé. J’ai ressenti – et je partage rarement mes émotions personnelles dans le cadre de ma vie pro – une profonde honte de ne pas les avoir écoutés, eux qui analysent tous les jours des données réelles, et moi qui suis pourtant si engagée, et une forme de colère assez forte des tripes de me mettre à leur place les 30-50 dernières années.

Bref, revenons à nos moutons… ou plutôt à nos coraux.

Des chiffres en vrac donnés par le GIEC qui peut être vous parlerons, peut être pas assez :

  • En 10 ans, en Europe, les scientifiques ont constaté une diminution de 70% de la population des insectes. Inconsciemment vous aussi non ? Quand vous rouliez sur l’autoroute, vous vous souvenez de tous les moucherons sur le capot et le pare brise ? Vous en voyez encore beaucoup ?
  • Les forêts tropicales disparaissent chaque année à raison de 10 millions d’hectares par an. Essayez de comparer à une surface que vous connaissez…
  • En 30 ans, un tiers des populations d’oiseaux en Europe ont déjà disparu.

Et en parallèle,

  • Le transport maritime et aérien a augmenté de 1000% les 50 dernières années
  • Plus d’un tiers de la surface du globe est un lieu de culture ou d’élevage
  • Chaque semaine, chacun d’entre nous mange l’équivalent d’une carte bleue en quantité de plastique

Un petit dernier ?

Les récifs coralliens abritent 1/4 de la vie marine mondiale, et protègent des tsunamis et des ouragans 300 millions d’humains sur terre. Et pourtant, 99% d’entre eux vont disparaitre dès que la température mondiale moyenne aura atteint 1,5 degrés. Et là, que vous soyez forts en maths ou pas, vous allez remonter en haut de mon article, et vous dire, « euh attends on en est à combien là déjà? 1,2 ? et + 0,1 tous les 3 ans ? Ah mince en gros dans 9 ans, peut être moins nous allons perdre 99% des récifs coralliens, et 1/4 de la biodiversité marine qui nous protège tant et nous nourrit tous.

Vous comprenez mon histoire d’insomnies ?

Nous allons trop vite pour que la nature qui nous nourrit et nous protège puisse continuer sa mission.

Elle a des limites, et nous n’en avons pas toujours dans nos grandes follies et nos envies de croissance, de progrès et de confort.

Un doute sur le fait que nous vivons sur un endroit qui n’est pas infini ? Je vous invite à brancher un casque, et à visionner cette vidéo – sans détourner les yeux – en plein écran. Elle dure 5 minutes.

3 ) Comment on en est arrivés là ?

Pour comprendre les mécanismes qui font que la planète se réchauffe avec les mots les plus simples possibles, je vais expliquer ici l’effet de serre.

Depuis toujours, la planète absorbe une partie des rayons du soleil et de son énergie, et réverbère le reste vers l’espace. Elle utilise la présence naturelle des gaz à effet de serre (vapeur d’eau, dioxyde de carbone (le fameux Co2), méthane, ozone, etc…) dans l’atmosphère pour réguler le climat sur terre. Ce phénomène s’appelle l’effet de serre et c’est lui qui permet la vie sur terre. Sans lui, la température serait de – 18 degrés sur terre. Pour comprendre encore mieux lisez ceci.

Ok, donc l’effet de serre c’est cool et visiblement les gaz à effet de serre aussi. Alors c’est quoi le vrai problème ?

Eh bien, vous l’avez compris, une hausse de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère = une hausse de la température sur terre. Jusqu’à peu, les gaz à effet de serre naturels étaient absorbés par les puits de carbone naturels (j’y reviens plus bas, mais en gros ce sont les forêts, sols, mangroves et océans).

Sauf que, adorables petits humains que nous sommes, nos activités depuis la première révolution industrielle en 1850 émettent elles aussi des gaz à effet de serre. En plus de ceux que la planète régule elle même toute seule depuis toujours. On les appelle les gaz à effet de serre anthropiques (= émis par les activités humaines).

Quand on nous parle dans les médias de gaz à effet de serre, on nous parle en gros de 4 groupes :

  • Le CO2 qui représente 81% des émissions anthropiques, majoritairement dues à la combustion des énergies fossiles. Il a une durée de vie dans l’atmosphère de 100 ans.
  • Le méthane qui représente 11% des émissions anthropiques, dues à l’agriculture et l’élevage industriel. Il est terriblement dangereux à mes yeux car il a un potentiel de réchauffement 25 fois plus élevé que le CO2. Et je vous invite pour visualiser à regarder le film « Eating our way to extinction » réalisé fin 2022 sur les systèmes industriels d’élevage et de production agricole. C’est ce film qui m’a rendue végétarienne il y a quelques mois. Ce n’est pas le sujet : dans le film si vous avancez à 50 minutes, et regardez 3 minutes, une expérience de blocs de glace sous cloche est très visuelle pour comprendre le pouvoir de réchauffement du méthane.
  • Le protoxyde d’azote, responsable de 5% des émissions anthropiques, et qui est émis par les procédés industriels et les engrais (entre autres).
  • Et les gaz fluorés, responsables de 2% des émissions anthropiques, que l’on retrouve des l’utilisation des sprays et aérosols, réfrigérateurs et composants électroniques notamment.

Les experts scientifiques du GIEC concluent en nous disant ceci : avant la planète était capable d’absorber 100% des gaz à effet de serre produits naturellement. Aujourd’hui, de par nos activités humaines, nous émettons tellement plus de gaz à effet de serre et en parallèle nos activités détruisent (volontairement ou involontairement) les écosystèmes qui nous protègent.

Au point que la nature aujourd’hui est capable d’absorber seulement 50% des émissions de gaz à effet de serre au total (anthropiques et naturelles). Et c’est de là que vient le bug : je démarrais ce paragraphe en disant « une hausse de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère = une hausse de la température sur terre. »

4 ) Que faire et par où commencer ?

À titre personnel à la maison, je reprends chacune des 4 catégories de gaz à effet de serre, je lis, j’écoute des podcasts de scientifiques, et je cherche comment mes choix au quotidien en tant que consommatrice auront un effet pour diminuer chacune des catégories.

À titre professionnel en tant que dirigeante des bottes d’Anémone, je ressens plus que jamais la responsabilité et le devoir d’aller plus loin dans mon modèle et de le penser, le construire et le développer pour qu’il régénère la planète plutôt qu’il ne la dépouille. Parmi les 4 catégories des gaz à effet de serre je me sens en capacité d’agir sur le CO2 (Encore et toujours choisir des fleurs françaises pour éviter les transport des fleurs importées notamment), le protoxyde d’azote (choisir des producteurs qui ne contribuent pas à son utilisation), les gaz fluorés (je pense aux avions réfrigérés qui importent les fleurs, entre autres.). Mais je pense aussi à l’agro-écologie et aux travaux auxquels l’équipe participe avec les autres acteurs du Collectif de la Fleur Française.

J’ai envie d’aller plus loin dans chacun de ces aspects. De mesurer nos impacts, de vous en parler, de nous éduquer pour faire des progrès. Et si je parle du fond de mon coeur, j’aurais honte de contribuer à quoi que ce soit que je viens de décrire en haut de par mon activité professionnelle. Aujourd’hui j’ai le pouvoir de construire un monde meilleur. J’ai le devoir de le rendre viable économiquement, et de trouver comment diffuser mon modèle pour que mon initiative ne reste pas isolée et impacte la filière tout entière. C’est mon enjeu pour 2023 et j’espère écrire mon billet de fin d’année avec une grande fierté.

Et vous ?

Vous n’en êtes peut être pas encore à ce stade de prise de conscience, et je vais vous dire une chose : c’est ok. Ce n’est pas une honte. Mon envie ici est très éloignée du jugement. Mon intention c’est que si vous avez pu lire ces lignes jusqu’au bout, vous vous sentiez vous aussi investis d’une sacrée mission. Celle d’aller vite dans votre vie pro comme perso, pour accélérer à la fois la prise de conscience des vos proches, et vos choix de consommation pour protéger ce qui nous protège.

5 ) Des pistes pour tout transformer, et vite.

J’ai identifié deux catégories dans lesquelles chacun et chacune d’entre vous a la capacité d’agir. C’est mon avis propre, et il n’engage que moi, mais je pense qu’il permet de catégoriser deux types d’actions concrètes.

Réduire nos émissions anthropiques de gaz à effet de serre

Ca va vous paraitre basique de chez basique, et peut être que vous allez vous dire « bah au point où on en est ca ne sert plus à rien ». Mais une grande sage qui se reconnaitra m’a parlé un jour d’une citation, utilisée dans le film de Steven Spielberg « Arrête moi si tu peux » : « Deux petites souris tombent dans un seau de crème. La première souris abandonne très vite et se noie, la deuxième se débat tellement fort qu’elle change la crème en beurre. À partir de maintenant je suis cette deuxième souris. »

Vous voyez où je veux en venir 😉

Au quotidien, dans la vie pro comme perso :

Protéger, soutenir et régénérer les puits de carbone naturels

Les puits de carbone sont les organismes et procédés naturels qui absorbent le carbone. Les forêts, mangroves, océans et sols sont des réservoirs essentiels et vitaux à protéger absolument.

Voici deux vidéos de 25 minutes pour démarrer votre compréhension et vos recherches, et choisir individuellement ou collectivement, quelle action vous pouvez mettre en place pour les protéger.

Si cette première vidéo ne s’ouvre pas bien, voici le lien pour y accéder : https://images.cnrs.fr/video/6970

Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS, lors de la conférence qu’il a tenue devant nous ce weekend pour la Convention des Entreprises pour le Climat nous dresse foncièrement la même liste d’actions prioritaires :

  • Créer un maximum d’aires naturelles protégées
  • S’intéresser aux solutions fondées sur la nature
  • Participer à la reforestation (seuls les arbres âgés stockent du CO2 en quantité suffisante)
  • Transformer l’agriculture vers l’agro écologie
  • Favoriser les circuits courts
  • Acquérir de nouvelles connaissances (bienvenue dans mon monde ahah)
  • Stopper les pollutions (et pas uniquement le plastique)
  • Adapter la fiscalité & la législation, le droit : on peut se dire que ça ne dépend que des États mais des citoyens peuvent se faire entendre pour porter des projets.

Je ne sais pas vraiment comment clôturer cet article car j’ai le sentiment d’entamer un long chemin. Si vous avez lu jusqu’ici sans détourner votre attention, je vous remercie, la planète aussi, et les générations futures encore plus.

Vous avez maintenant le choix, de détourner le regard (pensez à vos enfants et petits enfants), de vous sentir impuissants et inutiles dans ce grand défi (pensez à la petite souris), d’agir dans votre coin (c’est un bon début), d’agir, de faire agir votre entourage et de transformer vos éco-systemes et entreprises.

Je cloture donc sur cette image (que je remplacerai par une version plus lisible dès que j’y accéderai) :

Découvrez ici nos engagements qui vont certainement encore évoluer dans les prochains mois.

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